- Seconde Guerre mondiale

Lucienne Lebel, une femme engagée

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Photo d’identité de Lucienne Lebel - 14J/10 - AMSN / Documents transmis par Madame Lebel

A l’occasion du don des documents de Lucienne Lebel, les Archives municipales vous proposent de découvrir le rôle de cette femme engagée volontaire dans les sections sanitaires automobiles féminines pendant la Seconde Guerre mondiale. Envoyée à Saint-Nazaire, elle participe aux secours à la population, sur le terrain et sous les bombardements souvent, au péril de sa propre vie.

L’engagement dans les SSAF

Lucienne Lebel est née le 6 octobre 1903 à Lille. Elle est la fille d’Emmanuel Lambert Van der Veen et d’Antoinette Van Hooland.

Quand elle s’engage dans les sections sanitaires, Lucienne Lebel a 39 ans elle est domiciliée à Arcueil (Val de Marne). Elle signe son acte d’engagement dans les sections sanitaires automobiles en 1942, en tant que conductrice d’ambulance. Au niveau national ces sections féminines sont dirigées par la comtesse Roussy de Sales et par Mademoiselle Edmée Nicolle [1]

Pour pouvoir s’engager dans les SSAF,  Lucienne Lebel est détentrice du permis de conduire et elle a probablement  suivi  une formation complète, en mécanique et sur l’utilisation des gazogènes. Elle a également  pu suivre des cours de secourisme et passé un examen de conduite, comprenant la conduite de jour et de nuit avec et sans masque à gaz. [2]

Son action à Saint-Nazaire

Lucienne Lebel rejoint  le poste des SSA de Saint-Nazaire, situé au 72, rue du Bois Savary, au début du mois  août 1942. A Saint-Nazaire le poste des sections sanitaires automobiles a été mis en place, à la demande de la municipalité, au  mois de février 1942 pour renforcer  le service des ambulances assuré par les sapeurs-pompiers. Ce poste sera dirigé successivement par Madame Farcy,  par Madame Guéret et par Madame Morel de Villiers.

Elle arrive dans une ville meurtrie par plusieurs drames. Le 17 juin 1940 c’est le naufrage du Lancastria : le navire évacuant des troupes anglaises, belges, tchécoslovaques et polonaises est bombardé par les stukas allemands. Le bombardement cause la mort  de milliers de victimes au large des côtes de Saint-Nazaire, Piriac, Pornic jusque sur les côtes vendéennes. Le 28 mars 1942, quelques mois avant son arrivée, le débarquement d’un commando de soldats britanniques est décidé pour mettre hors d’usage la forme-entrée Joubert accueillant les cuirassés allemands : c’est l’opération Chariot. Le coup de main est réussi mais la répression allemande sur la population est terrible, causant la mort de plusieurs civils. A tous ces drames s’ajoute la vie quotidienne des habitants sous l’occupation allemande et sous le feu des bombardements des Alliés.

Face à l’intensification des bombardements, la ville prend la décision d’évacuer en premier lieu  les enfants de Saint-Nazaire . Cette évacuation est mise en place dès mars 1942.  Les enfants sont envoyés dans des internats scolaires créés par la commune dans le département, mais également vers la Suisse et l’Algérie par l’intermédiaire de la Croix rouge [3].

Lucienne Lebel contribue à cette évacuation : elle assure ainsi le transport d’une quinzaine d’enfants pour le centre de repliement de Basse-Goulaine le 15 septembre 1942.

Une autre de ses missions consiste à porter secours  à la population, parfois seule avec un pompier, au cours des alertes aux bombardements, comme en témoigne  le compte-rendu de réunion du 15 octobre 1942 des SSAF à Paris.

Elle  assure aussi le transport des blessés et des malades. Une  courte accalmie pendant la période des bombardements permet aux SSAF de dispenser des cours de brancardage et d’assurer une permanence à la mairie annexe de Méan. Le rapport d’activité des SSA  de Saint-Nazaire : indique qu’au moment du bombardement du 17 novembre 1942, madame Lebel fait partie des conductrices qui viennent porter secours à la centaine de blessés. Le bombardement du 17 novembre a fait soixante victimes. Il suit de quelques jours le bombardement meurtrier de l’école d’apprentissage des chantiers.

Le rapport des sections sanitaires de Saint-Nazaire indique la présence de Madame Lebel à Saint-Nazaire jusqu’au mois de novembre 1942. Les archives ne permettent pas de retracer son parcours en détail après cette date.

Après la guerre

Après la guerre, Lucienne Lebel a continué à secourir la population, notamment au Service national de la protection civile en tant que brancardier secouriste dans la région parisienne.

En 1950, la mairie de Saint-Nazaire salue son courage en lui attribuant la Médaille Commémorative française de la Guerre 1939-1945.

Lucienne Lebel est décédée le 8 mai 1989 à Paris. Sa petite-fille a remis les archives témoignant de son engagement au sein des SSAF aux Archives Municipales de Saint-Nazaire. Le fonds Lebel comprend des documents administratifs, des photos, l’écusson en tissus des SSAF, des cartes de laisser-passer en temps de guerre et de la correspondance avec le groupement des SSA, ce qui représente 13 pièces. Au-delà du parcours personnel de Lucienne Lebel, ces archives permettent de mettre en lumière l’un des rôles joué par les femmes dans la guerre.

Notes

[1] Jean-Jacques Monsuez, "Les sections sanitaires automobiles féminines", Revue historique des armées [En ligne], 247 | 2007, mis en ligne le 23 juillet 2008, consulté le 25 juin 2018. URL : http://journals.openedition.org/rha/2033

[2] "Je suis allée m’engager dans les SSAF", Le Matin 26 juin 1942 à lire sur Gallica-BNF : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k587452k

[3]A ce sujet consulter : Vie de Châteaux /Université Inter-Ages, 2005