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#ConfinementJour10| Envie de... Rêver : Le projet de "sphère panoramique" de Jacques Dommée

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Sphère panoramique - plan de Jacques Dommée - Archives de Saint-Nazaire -Fonds Dommée - 5J/778

Dans les années 1940, malgré la guerre, certains Nazairiens s’autorisent à rêver. L’un de ces rêves inspire à Jacques Dommée, un architecte nazairien, un étonnant projet, peut-être élaboré dans le cadre d’un concours pour l’établissement de projets de châteaux d’eau.

Au milieu des projets de maisons individuelles ou de bâtiments publics élaborés par les architectes Dommée et fils, figure une étrange série de plans… Ils présentent une sphère plantée sur un cône au milieu de l’estuaire, qui abrite à la fois des appartements de luxe, des colonies et tout un arsenal de défense ! 

Ces plans sont signés Jacques Dommée, l’un des fils de Georges Dommée (1861-1943). Né en 1895, Jacques exerce comme son père et son frère Claude, la profession d’architecte à Saint-Nazaire. Les Dommée interviennent auprès de particuliers, de communes, de commerces ou d’entreprises sur toutes la région nazairienne et la presqu’île. Avant- guerre, Georges Dommée réalise pour la ville de Saint-Nazaire, les halles du centre-ville et l’école de Plaisance, future école Jules Ferry. Il décède en 1943. Après-guerre, c’est son fils Claude qui reprendra les projets. On lui doit notamment les nouvelles halles de Saint-Nazaire. Quant à Jacques, il décède le 21 mars 1940, soit dix jours après avoir terminé les plans de cette curieuse sphère.

L’étrange « sphère panoramique »

Son projet est en fait détaillé dans deux série de plans : des esquisses au crayon, et des plans à l’encre pour les aménagements intérieurs. Un rapprochement a pu être faits avec des documents écrits : une longue note manuscrite à l’encre évoquant une rêverie signée René(e ?) Sylvia, un texte manuscrit au crayon de papier et de la correspondance entre Jacques Dommée et le Comité hygiène et eau concernant un concours pour l’établissement de projets de châteaux d’eau.

S’agit-il d’un utopique château d’eau, d’un fantasme d’architecte ? 

L’hypothèse du château d’eau

Le concours de châteaux d’eau est lancé en 1938 par le Comité hygiène et eau. Ce Comité qui s’est donné pour mission de promouvoir l’utilisation de l’eau à des fins d’hygiène, est fondé en 1928 à l’initiative des producteurs de tubes d’acier. La Société de Pont-à-Mousson y joue un rôle prépondérant. 

Dans le cadre du concours de châteaux d’eau, les différents projets doivent être remis avant mars 1939 pour être évalués par un jury composé de techniciens et maitres d’œuvres présidé par l’architecte Auguste Perret, qui sera, quelques années plus tard, architecte en chef de la construction du Havre. A ses côtés, on retrouve, Lucien Romier, président du comité hygiène et eau, journaliste et futur ministre d’Etat sous Pétain[1], ainsi que Michel Roux-Spitz, l’architecte qui réalisera l’hôtel de ville de Saint-Nazaire une vingtaine d’années plus tard.

Même si l’édifice a pu être inspiré par l’idée d’un château d’eau, il est peu probable que le projet ait été présenté dans le cadre de ce concours. En effet le projet est daté de 1940, alors que le concours s’achève en 1939. De plus, les plans comportent le nom de Jacques Dommée alors que le règlement du concours demandait que les projets soient anonymisés.

L’hypothèse d’une rêverie mise en forme

Pour comprendre le projet, il faut plutôt se référer à la longue rêverie qu’un certain René Sylvia s’autorise malgré la guerre. Peut-être inspiré par les exploits du scientifique suisse Auguste Piccard, qui atteignit 15781 m en ballon en 1931, il décrit une « stratosphère » offrant une vue panoramique sur l’estuaire. S’y déroule une soirée dans une salle de bal aux sons « d’un orchestre invisible ». Mais le rêveur est rattrapé par la guerre, puisque son bal imaginaire est brusquement interrompu par une attaque ennemie, efficacement repoussée à coup de nappe de gaz et de lance-torpille.  L’auteur conclut : 

« Le rêve fini, le bonheur s’enfuit, à moins qu’on ne puisse faire le travail nécessaire pour le fixer et le faire vivre. 

Le lendemain je me mis au travail. 

Je m’en fus trouver mon ami Jacques Dommée, l’architecte bien connu qui exerce ici depuis vingt ans à Saint-Nazaire. Pouvais-je m’adresser mieux qu’à lui pour fixer mon rêve. Il a changé d’adresse, il s’est installé depuis deux ans 21 rue Henri Gautier. 

Fixer mon rêve, par des dessins, par des projets enfin par une étude scientifique. 

Comme je vous l’ai dit, je m’en fus donc 21 rue Henri Gautier chez mon ami l’architecte Jacques Dommée qui écouta mon histoire avec le calme sourire que tout le monde lui connait. 

Désormais nous travaillerons ensemble lui et moi, et tout ce qui suit a été fait avec sa plus intime collaboration. »

 

[1] Lucien Romier est journaliste puis rédacteur en chef pour la Journée industrielle (1921-1924) puis pour Le Figaro (1925-1927, 1939-1940). Il est ministre d’Etat sous Pétain d’août 1941 à décembre 1943. Il décède en 1943 alors qu’il est sur le point d’être arrêté par la Gestapo

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